Conversation · René Arnoux
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René Arnoux
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Quand
« Y a pas de quoi ! » Il promène son regard sur la baie. « Cette époque regorgeait d’anecdotes de ce genre. Et de tels hommes, aussi. De vrais Révacholiens, des types avec les couilles en bandoulière. »
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« Oh, oui, René, oui... » L’homme, guilleret, acquiesce docilement. « Les hommes étaient plus costauds, les femmes étaient plus jolies et tout le monde était fascha. Seigneur, je t’en conjure, ressuscite cette époque si tu en as le pouvoir ! »
« On va pas encore se chamailler là-dessus, marmonne-t-il à travers ses dents serrées avant de se tourner vers vous. Monsieur l’agent, autre chose ? »
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Tu devrais essayer d’inventer une histoire sur tes exploits – tâche d’impressionner ce vieux soldat.
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« Parce que c’était un putain de dandy ! s’exclame-t-il furieusement. Il s’en fichait, de mener ses hommes ou même de se trouver sur le champ de bataille. Tout ce qu’il avait, il le devait à son lien de parenté. À rien d’autre. »
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« Avoir du sang royal ne suffit pas à faire de vous un chef des armées. C’était un gamin stupide, uniquement intéressé par les chevaux, ses coupes de cheveux et la proxivirilité. » Il crache. « Et sept-cent quatre-vingt-deux carabiniers royaux sont morts à cause de son incompétence. »
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« Ça n’arriverait jamais à ma gueule de keuf. » (Désigner votre mâchoire.) « J’ai une mâchoire en acier. »
« Oui, oui... » Il ne se laisse pas distraire. « J’ai attrapé ce crétin et j’ai commencé à ramper. Jusqu’à ce que la 59e cavalerie nous récupère. »
« Pas lui. » Le voile du respect tombe sur son visage. « J’ai hissé ce crétin sur mon dos et j’ai commencé à ramper. Jusqu’à ce que la 59e cavalerie nous récupère. »
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« J’ai alors attrapé ce nigaud, dit-il avec un regard sévère, et j’ai commencé à ramper. Jusqu’à ce que la 59e cavalerie nous récupère. »
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« J’en doute pas. Mais je connais bien la réputation de cet uniforme... Vous vous demandiez si je les ai obtenues pour avoir violé des femmes ou massacré des bébés. »
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« Je connais pas la réputation de... quoi que ce soit. J’y connais même pas grand-chose à la guerre. »
« Fiston, il ne faut jamais oublier notre passé. Des tonnes d’erreurs ont été commises à l’époque, mais nous en avons tiré des leçons. » Son ton devient pédagogue.
« Si on oublie cette époque, c’est comme si les erreurs n’avaient servi à rien. Comme si ces gens étaient morts pour rien. »
Fais gaffe... On dirait bien que t’es sur le point d’ouvrir une boîte de Pandore : ce type va littéralement te sucer le cerveau, si tu le laisses divaguer sur les rives de la nostalgie.
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- « Non – nous étions le dernier rempart face à tous les tueurs de bébés et les violeurs, et laissez-moi vous dire, fiston... » Il vous toise. « Sans les carabiniers royaux, Révachol ne serait peut-être plus debout. »
- « Si on oublie cette époque, c’est comme si les erreurs n’avaient servi à rien. Comme si ces gens étaient morts pour rien. »
- « L’honneur représente tout pour moi », dit-il avec gravité.
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« J’étais sûr que vous n’aviez pas les tripes pour ça. » Il hoche la tête d’un air grave. « C’est ça, les jeunes d’aujourd’hui. J’ai l’habitude. »
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« J’étais sûr que vous n’aviez pas les tripes pour ça. » Il hoche la tête d’un air grave. « Et je me trompe jamais. »
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« Non – nous étions le dernier rempart face à tous les tueurs de bébés et les violeurs, et laissez-moi vous dire, fiston... » Il vous toise. « Sans les carabiniers royaux, Révachol ne serait peut-être plus debout. »
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Une tête couronnée devant deux fusils qui se croisent. La médaille pend au bout d’un triangle bleu strié.
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C’est la Croix de bravoure, une croix précieuse. Il s’agissait de la plus haute distinction militaire au sein des forces armées du suzerain, attribuée pour courage exceptionnel au service du roi Frissel Premier.
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Pourtant, tout ce que tu vois, c’est un vieux soldat refusant de troquer son uniforme contre une tenue civile.
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« Je peux faire autre chose pour vous, monsieur l’agent ? demande-t-il avec impatience. On a une partie à terminer. »
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Tout ce que tu peux observer, c’est un vétéran s’accrochant encore au passé dans son vieil uniforme. Ce n’est pas inhabituel.
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Il capte votre regard et hoche la tête. « C’est l’uniforme des carabiniers royaux ayant servi sous les ordres de Frissel Premier, Guillaume le Lion et du vaillant roi Filippe V avant lui. »
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« Ne prononce pas son nom, toi, espèce de lâche ! Même si oui, c’était un clown, ajoute-t-il. (Il se tourne vers vous.) Mais c’était notre clown. Nous seuls avons le droit de nous moquer de lui, et de le pleurer. »
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« René, vous étiez en train de me raconter comment vous avez obtenu ces médailles. Je veux savoir la suite. »
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« René, l’histoire sur les médailles – avec le cheval de Drysant qui vous a écrasé le genou – que s’est-il passé ensuite ? »
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Il l’observe puis fronce les sourcils. « Je préfère l’ancienne appellation – le lys insulindien. Les filles en offraient aux cadets lorsqu’ils faisaient leurs classes. Accroché sur votre casquette, c’était censé porter chance. »
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« C’était le cas, répond-il dans un soupir. Mais ça plaisait également aux communards. Ils appelaient ça les fleurs révolutionnaires, les clochettes de la Révolution... »
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- « C’était le cas, répond-il dans un soupir. Mais ça plaisait également aux communards. Ils appelaient ça les fleurs révolutionnaires, les clochettes de la Révolution... »
- Il l’observe puis fronce les sourcils. « Je préfère l’ancienne appellation – le lys insulindien. Les filles en offraient aux cadets lorsqu’ils faisaient leurs classes. Accroché sur votre casquette, c’était censé porter chance. »
« Vous savez quoi... » Il devient silencieux et son fragile sourire s’estompe. « Non. Elles m’ont apporté misère, faux espoirs et déception. Les révolutionnaires les ont souillées. »
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« Mais ce ne sont pas les révolutionnaires qui en ont souillé l’idée à tes yeux, n’est-ce pas ? » Il regarde le vieux soldat presque avec bienveillance. « Elle m’en a offert aussi, et ton petit cœur jaloux n’a pas pu le supporter. »
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« Assez, tranche-t-il abruptement. Je pourrai parler de tout ça en détail avec toi, Gaston, mais pas tant que nous aurons de la compagnie. Donc, messieurs... ? »
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« Assez, tranche-t-il abruptement. Je pourrai parler de tout ça en détail avec toi, Gaston, mais pas tant que nous aurons de la compagnie. Donc, monsieur... ? »