« Non, ça suffit pas, siffle-t-il. La puissance combinée du grand capital international – ses craintes et ses phobies – s’est abattue sur Révachol. Les rues ont volé en éclats... les maisons ressemblaient à des champs de ruines. » Il gesticule de façon erratique, puis sombre dans le mutisme.
Conversation · Le déserteur
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Le déserteur
Sang-froid
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Kim Kitsuragi
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Quand
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« Toute la puissance du grand capital international déployé : la cupidité et l’horreur du monde se sont abattues sur Révachol. Les rues volaient en éclat, les maisons ressemblaient à des champs de ruines. On assistait à ce spectacle depuis la tour. » Il indique la tour d’un geste de la main.
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« On était plaqués au sol. L’artillerie se trouvait à 80 km, à Ozonne, mais je savais que la Commune capitulerait et qu’on nous réduirait en cendres. J’ai dit à tout le monde que j’allais au poste de commandement... » Il tourne le regard vers l’est.
Il y a toujours une terrible honte enfouie au plus profond de son âme. Elle fait virer ses oreilles au rouge. Il a honte de sa faiblesse, honte de sa petitesse.
« Je me suis enfui. J’ai grimpé sur la chaîne au-dessus de l’eau pour me cacher sur le continent. Je me suis planqué sous terre, dans les bunkers, comme un faible, comme une souris... La nuit, j’avais peur de l’artillerie. Et chaque matin, j’entendais le bruit des rotors qui tourbillonnaient... Tah tah tah tah... » Il lève les yeux au ciel.
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- « Je me suis enfui. J’ai grimpé sur la chaîne au-dessus de l’eau pour me cacher sur le continent. Je me suis planqué sous terre, dans les bunkers, comme un faible, comme une souris... La nuit, j’avais peur de l’artillerie. Et chaque matin, j’entendais le bruit des rotors qui tourbillonnaient... Tah tah tah tah... » Il lève les yeux au ciel.
- « Non. J’ai grimpé sur la chaîne au-dessus de l’eau pour me cacher sur le continent. Dans les bunkers, comme un faible, comme une souris... La nuit, j’avais peur de l’artillerie. Et chaque matin, j’entendais le bruit des rotors qui tourbillonnaient... Tah tah tah tah... » Il lève les yeux au ciel.
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« Des aérostatiques. Le Débarquement avait déjà commencé. Je suis redescendu. C’était l’enfer. Le ciel était constellé d’appareils qui sifflaient, tourbillonnaient et débarquaient des hommes au sol. Comme la chaîne s’est retrouvée sous l’eau, il a fallu revenir à la nage. Le fort était aussi à moitié englouti. Fracassé. »
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« Les gars d’en bas ont tous péri noyés, et ceux du haut ont été pilonnés à mort. Le canon antiaérien les avait lâchés. Comme moi. Je les ai abandonnés, sans repaire idéologique... » Il ouvre les yeux et les plante dans les vôtres. « C’était bien réel. J’ai vu tout ça dans la réalité. »
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- « Des aérostatiques. Le Débarquement avait déjà commencé. Je suis redescendu. C’était l’enfer. Le ciel était constellé d’appareils qui sifflaient, tourbillonnaient et débarquaient des hommes au sol. Comme la chaîne s’est retrouvée sous l’eau, il a fallu revenir à la nage. Le fort était aussi à moitié englouti. Fracassé. »
- « Il y avait des dirigeables au-dessus de ma tête. Je suis redescendu. » Il marque une pause et ferme les yeux. « C’était l’enfer. Le Débarquement avait déjà commencé. Et comme la chaîne s’est retrouvée sous l’eau, il a fallu revenir à la nage. Le fort était aussi à moitié englouti. Fracassé. »
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Le vieil homme ne dit plus rien. Son regard noir intense continue de vous observer, comme s’il scrutait quelque chose au loin. Il secoue la tête lentement, puis détourne les yeux.
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« Le grand capital a révélé son inhumanité. Il a semé la mort sans compassion, annihilé l’espoir et la tendresse du monde. Libéré de ses entraves, il a pu commettre son horrible forfait. »
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« C’est là qu’il te montre son vrai visage. Quand il étrangle tes amis. Des modèles de bravoure et de gentillesse battus à mort. » Il demeure silencieux pendant une seconde. « Tu lis la peur dans ses yeux quand il déploie toute sa fureur. Alors, tu finis par comprendre. »
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Le lieutenant intervient gentiment : « Ce n’est pas le moment, lieutenant-yefreitor... »
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« J’étais contraint d’me battre. Impossible de faire autrement... » Le vieil homme s’interrompt. Son regard noir intense continue de vous observer, comme s’il scrutait quelque chose au loin. Il secoue la tête lentement, puis se détourne de son image mentale.
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- « J’étais contraint d’me battre. Impossible de reculer. » Le vieil homme s’interrompt. Son regard noir intense continue de vous observer, comme s’il scrutait quelque chose au loin. Il secoue la tête lentement, puis s’éloigne de son image mentale.
- « J’étais contraint d’me battre. Impossible de faire autrement... » Le vieil homme s’interrompt. Son regard noir intense continue de vous observer, comme s’il scrutait quelque chose au loin. Il secoue la tête lentement, puis se détourne de son image mentale.
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« J’étais contraint d’me battre. Impossible de reculer. » Le vieil homme s’interrompt. Son regard noir intense continue de vous observer, comme s’il scrutait quelque chose au loin. Il secoue la tête lentement, puis s’éloigne de son image mentale.
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« Il y avait des dirigeables au-dessus de ma tête. Je suis redescendu. » Il marque une pause et ferme les yeux. « C’était l’enfer. Le Débarquement avait déjà commencé. Et comme la chaîne s’est retrouvée sous l’eau, il a fallu revenir à la nage. Le fort était aussi à moitié englouti. Fracassé. »
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« Non. J’ai grimpé sur la chaîne au-dessus de l’eau pour me cacher sur le continent. Dans les bunkers, comme un faible, comme une souris... La nuit, j’avais peur de l’artillerie. Et chaque matin, j’entendais le bruit des rotors qui tourbillonnaient... Tah tah tah tah... » Il lève les yeux au ciel.
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- « Ouais. Il y a un petit bourgeois dans chacun de nous, prêt à déguerpir au moindre changement. »
- « C’était pas une Réaction. Vous aviez la trouille, c’est tout. »
- « Quand est-ce que c’est arrivé, exactement ? »
- « Je comprends. Les communistes sont des trouillards-nés. Vous privilégiez la quantité à la qualité. »
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« C’est pareil... Tu l’as jamais vu. Pas à l’état pur. Dans ces moments-là, la peur t’envahit. Tu peux rien y faire. »
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Difficile de savoir ce qui lui passe par la tête. Il ne cherche pas à se faire comprendre.
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« Je comprends. Les communistes sont des trouillards-nés. Vous privilégiez la quantité à la qualité. »
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« Tu l’as jamais vu. Le visage de ton serviteur. Sans masque. Dans ces moments-là, la peur t’envahit. Tu peux rien y faire. »
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« Tant mieux pour toi. Compte pas sur moi pour fournir des explications à un laquais du grand capital. »
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« Tant mieux. Un camarade ne devrait pas avoir besoin d’explications. »
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« Aucun être humain devrait vivre comme ça, mais j’avais pas le choix... » Il esquisse une grimace de douleur. « Je pouvais pas simplement oublier. Je pouvais pas oublier tout ce que j’avais vu. »
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- « C’est beaucoup trop. Un être humain devrait pas vivre comme ça... » Il esquisse une grimace de douleur. « Mais je pouvais pas simplement oublier ce que j’avais vu. »
- « C’est inhumain, c’est malsain. Un être humain devrait pas vivre comme ça, mais j’avais pas le choix... » Il esquisse une grimace de douleur. « Je pouvais pas simplement oublier. Je pouvais pas oublier ce que j’avais vu. »
- « Aucun être humain devrait vivre comme ça, mais j’avais pas le choix... » Il esquisse une grimace de douleur. « Je pouvais pas simplement oublier. Je pouvais pas oublier tout ce que j’avais vu. »
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La nuit tombe... Les lampadaires à hydrogène qui illuminent la rue de Saint-Ghislaine projettent des ombres épaisses. Plus loin, les rues quadrillées de Jamrock sont plongées dans le noir, avenue après avenue. Un altocumulus se forme au-dessus du poste 41.
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- Au petit matin, une foule circule dans la rue de Saint-Ghislaine. Les lampadaires à gaz ont déjà été éteints. Plus loin, à Jamrock, les rues s’animent avec le passage des travailleurs : hommes, femmes et enfants se pressent dans les avenues poussiéreuses. La température grimpe. Un altocumulus se forme au-dessus du poste 41.
- La nuit tombe... Les lampadaires à hydrogène qui illuminent la rue de Saint-Ghislaine projettent des ombres épaisses. Plus loin, les rues quadrillées de Jamrock sont plongées dans le noir, avenue après avenue. Un altocumulus se forme au-dessus du poste 41.
- L’après-midi touche à sa fin. Sur la rue de Saint-Ghislaine, une foule de gens regagnent leur domicile. Bientôt, on allumera les lampadaires. Plus à l’intérieur des terres, les rues s’animent avec le passage d’un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants. Des oiseaux de nuit et des travailleurs migrants. Un altocumulus se forme au-dessus du poste 41.
- À l’approche du soir, les lampadaires à hydrogène de la rue de Saint-Ghislaine s’allument, projetant des ombres épaisses. Plus loin, les rues quadrillées de Jamrock sont plongées dans le noir, avenue après avenue. Un altocumulus se forme au-dessus du poste 41.
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Deux policiers sortent du Whirling-in-Rags. L’agent satellite Jean Vicquemare examine une suite de lettres calcinées, réparties sur la place tapissée de mosaïques.
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La patrouilleuse Judit Minot indique la direction ouest. « Le village des pêcheurs... » Elle jette un œil à sa montre. « Rendez-vous dans un quart d’heure. C’est dix minutes de marche. »
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Les agents abandonnent les lieux. L’inscription brûle toujours : « UN JOUR, JE SERAI DE RETOUR PRÈS DE TOI. »
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« J’attends toujours. » Le vieil homme détourne le regard du littoral et se tourne vers vous.